Ces dernières années, l’utilisation d’oracles tels que le tarot ou même l’I Ching de la tradition taoïste a connu une popularité croissante. Cependant, dans ce contexte, j’aimerais mettre en lumière Ifa, un système très complexe dont la connaissance est peu répandue. La colonisation a peut-être contribué à ce manque de visibilité, mais il est important de comprendre en quoi consiste ce système.

La religion yoruba est dominée par un dieu suprême, Olodumare (également connu sous les noms d’Olafin, Olorun ou Olorian), source de l’ashé, l’énergie spirituelle de l’Univers. Selon cette croyance, Olodumare a envoyé sur Terre des émissaires, des demi-dieux humains appelés orishás, qui sont la personnification de la nature. Ces orishás veillent à ce que chaque être humain accomplisse le destin qui lui a été assigné à la naissance. Ceux qui ne parviennent pas à le faire suivent un cycle de réincarnations successives, une croyance similaire à celle de l’hindouisme et du bouddhisme.


Ifa, inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, est un système de divination basé sur seize figures de base et 256 volumes (odu), obtenus soit par la manipulation de seize noix de palmier (ikin), soit par le jet d’une chaîne (opele) constituée de huit coques de graines. Le terme « Ifa » désigne également le personnage mystique appelé d’Ifa ou Orunmila, considéré par les Yoruba comme la divinité de la sagesse et du développement intellectuel. Contrairement à d’autres formes de divination de la région qui ont recours à la médiumnité, la divination Ifa ne repose pas exclusivement sur les pouvoirs oraculaires d’une personne. Elle se fonde sur un système de signes interprétés par un devin, le prêtre Ifa ou Babalawo, littéralement « le père du prêtre ». Tout comme le personnage d’un médium de tarot, l’honnêteté ou les connaissances des Babalawo individuels peuvent être remises en question. On s’attend à ce que les Babalawo (ou Ìyánífá pour les femmes) soient des prêtres qui ont par ailleurs reçu Orula (ou Orunmila), une divinité de la divination. Le système de divination Ifa est employé chaque fois qu’une décision importante, individuelle ou collective, doit être prise.
Le corpus littéraire de l’Ifa, appelé odu, comprend 256 volumes divisés en vers appelés ese, dont on ne connaît pas le nombre exact, car il augmente continuellement (il y a environ 800 ese par odu). Chacun des 256 odu a sa propre signature divinatoire, déterminée par le babalawo à l’aide de palmes sacrées et d’une chaîne de divination. Les ese, considérés comme la partie la plus importante de la divination Ifa, sont chantés par les prêtres dans une langue poétique. Ils sont l’expression de l’histoire des Yoruba, de leur langue, croyances, cosmovision et préoccupations sociales contemporaines. La connaissance de l’Ifa a été préservée au sein des communautés Yoruba et transmise parmi les prêtres Ifa.

Le personnage de Babalawo ( Ìyánífá ) constitue un point focal dans la religion traditionnelle Yoruba. Il aide ses clients à faire face à la vaste gamme de forces personnalisées et impersonnelles auxquelles croient les Yoruba, et à atteindre les destins individuels qui sont assignés à chaque personne dès la naissance. Un client n’a même pas besoin de révéler au devin la nature du problème qui le pousse à demander conseil.
Au Nigeria, on observe un désintérêt croissant des jeunes et des Yoruba pour la pratique et le recours à la divination Ifa, désintérêt qui s’accompagne d’une intolérance grandissante à l’égard des systèmes traditionnels de divination en général. Sous la pression religieuse et l’influence du colonialisme, les croyances et pratiques traditionnelles ont été l’objet d’une véritable discrimination. Les prêtres Ifa, pour la plupart très âgés, n’ont que des moyens modestes pour maintenir la tradition, transmettre leurs connaissances complexes et former de futurs praticiens.
Cependant, le système de divination Ifa est actuellement mieux connu grâce à sa pratique par les communautés Yoruba de la diaspora africaine des Amériques et des Caraïbes. Ifa est présent dans le Candomblé, une des religions afro-brésiliennes pratiquées au Brésil et dans d’autres pays d’Amérique latine. Par ailleurs, Ifa est aussi à l’origine de la Santería, un système de croyances dérivé de la religion yoruba et pratiqué à Cuba.

Sources:
https://ich.unesco.org/en/RL/ifa-divination-system-00146
https://en.wikipedia.org/wiki/If%C3%A1

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